La fin du voyage se fait sentir, il ne reste plus qu’une journee et demi avant de prendre le train pour Delhi, puis l’avion deux jours plus tard. On est toujours a Pushkar, qui s’avere tres agreable. La ville est un melange de centre touristique et de zone religieuse. Les boutiques sont tres orientees fringues au style indien pour occidentaux et babioles. Le nouveau Harry Potter est disponible !! On croise beaucoup de touristes.
Dans le meme temps, tout le long de la rue principale, qui entoure un lac d’environ 200m de large, on descent vers l’eau par des marches, lieux sacres ou les hindouistes se baignent et font des offrandes. Interdit de porter des chaussures, de fumer ou de prendre des photos.
On passe donc nos journees a se prelasser dans les restaurants ou les cafes, et a se poser assis sur les marches autour du lac, a regarder la vie autour et bouquiner. En plus de ca, on decouvre la campagne environnante, hallucinante de calme et de beaute: les paysages sont semi-desertiques, la ville entouree de collines detachees les unes des autres. On a fait un tour en dromadaire hier en fin d’apres-midi, c’etait magique.
Ville hybride 22 juillet 2007
Joie du bus 20 juillet 2007
Les six heures et demi du trajet en bus d’hier ont fait beaucoup de bien a ma motivation, mon moral, et ont remis mon cerveau en marche. Udaipur-Ajmer, bus reserve par une agence qui vendait cinq heures de trajet en vehicule “super deluxe”, plus eprouvant que prevu, mais ca c’est du voyage, ca vous donne l’impression que vous faites un truc vrai.
Impressions: le flegme qui regne dans le bus. Seulement six touristes, uniquement des voyageurs locaux autrement. Jeunes hommes bien propres avec leur petit sac de voyage, qui rentrent probablement dans leur famille ou partent pour un travail, femmes seules ou avec leur mari, leurs enfants sur les genoux, hommes bien en chair, confortables dans leur vie et dans leur fauteuil en mousse absorbante, probablement a la sphaigne (on avait les memes, ca contient beaucoup de sueur). Chemise pantalon et chaussures en cuir ou tongs pour les hommes, saris et voiles colores pour les femmes. Coiffures diverses, des classiques cheveux courts aux meches longues et huilees qui tombent sur les epaules, en passant par la banane eighties et la coupe a la Jordy, 4 ans. Cheveux longs attaches pour les femmes.
Il y a les voyageurs longue distance et ceux qui ne restent que quelques arrets, et s’asseyent devant pres du chauffeur. Deux policiers plus gras que la population environnante, et leur captif ? Famille mere-fils de 3 ans-fille de 10 qui reste assis sur les marches de la porte, qui restera ouverte pendant tout le trajet. Les petits sont vraiment surpris de voir des europeens et restent interdits en nous fixant. Un type, qui fait partie de l’equipage, monte dans une petite case au dessus du chauffeur, sur des couvertures, et s’endort en 5 minutes alors que le bus cahote severement et les klaxons autour sont incessants.
Les mouches s’en vont progressivement a chaque fois que le bus redemarre apres un arret, et d’autres se reengouffrent des le suivant. Des petits bras portent a chaque fois de l’eau fraiche en bouteille ou des oranges pelees perchees sur un de leurs doigts a hauteur des fenetres du bus.
Vers la fin du trajet, une femme rentre dans le bus, cherche un siege, sourit a une femme deja assise qu’elle reconnait, rebrousse chemin et va s’asseoir a l’avant, entre deux hommes, seule mais en toute aisance. Le soleil se couche sur notre gauche, il est 19h, les vibrations du bus sont de plus en plus insupportables mais qu’importe.
J’adore les voyages ! Dans ces moments les gens n’ont aucun interet personnel a interagir avec nous, et c’est l’indifference, l’acceptation ou la bienveillance qui font tant de bien par rapport aux sejours dans les villes.
Boitillon et clopinante en Inde du Nord 19 juillet 2007
Aaaah, je suis retape !!
Anais pense qu’elle va devenir chauve a cause des ventilateurs dans les chambres et autres courants d’air dans les bus, et ses sourcils d’habitude epiles (je vais me faire dechirer) repoussent progressivement, trop bas sur les paupieres a son gout. De mon cote, j’ai l’impression que je ne regagnerai jamais les probables cinq kilos que j’ai perdus et que ma machoire restera a jamais decalee d’un demi centimetre vers la gauche a cause de l’oreiller vicieux sur lequel j’ai dormi cinq jours a Udaipur. Mais nous voila a Pushkar, apres un voyage plus dense que prevu !
Avant de raconter aujourd’hui, puisque je suis en forme, juste quelques mots sur la journee de lundi, ou on est partis en mission – en voiture avec chauffeur, partagee avec deux belges adorables – visiter la region, un fort et un temple. Je dis mission car Anais etait faible de la veille, et ma crise commencait. Premieres deux heures, geniales, des paysages dingues, montagneux, terre ocre et vegetation omnipresentes, avec des femmes en saris travaillant les champs, par ci par la, des buffles, chevres, vaches, un varan, des ecureuils type Ice Age – ce sont les Scratch dans notre langage, des bus bondes que l’on croise sur des routes a une voie, les bagages ou les gens sur le toit. Arrives a Chambalgharh, coup de faiblesse, on est incapables de monter. Tres beau d’en bas neanmoins, on se console avec un temple et un pepsi entre les singes. On reprend la voiture, et la, je ne vois plus le paysage, j’essaie de dormir sur les deux mini banquettes arriere – le coffre, quoi. Arrivee a Ranakpur, un temple jain, merveille tout en marbre sculpte, un millier de colonnes a l’interieur separant 29 salles (je cite le guide, sic). Je rampe, me trainant de banc en banc, pause de 5 minutes a chaque fois, me hissant finalement dans le temple, merveille je le rappelle, 27 marches pour l’atteindre quand meme, agreable sur le moment car frais. Je m’assois a droite en rentrant, puis m’allonge, l’effort etait trop grand. Un garde me siffle, c’est quand meme un endroit sacre, alors je me releve, ne bouge pas et m’adosse juste a une colonne – merveille sculptee. Et dix minutes plus tard, c’en est trop, mon estomac se rebelle et me fait m’accroupir pres du seau ou reposent les feuilles d’un arbre probablement sacre, donnees probablement en offrande. Je hocquete au dessus, me reprends, car c’est vraiment indecent, et cours hors du temple avec la main devant la bouche, direction les plates-bandes. Bilan: j’ai vu deux colonnes de la merveille sacree sculptee, mais ca valait quand meme le trajet. Et les trois heures de voiture au retour, sur la banquette arriere en poils de chameau. Anais aura vu quelques elephants, et tout autant de belles choses qu’a l’aller.
Bon, mon voisin, le fils de la famille qui tient l’hotel ou on est arrives ce soir, sifflote nerveusement, je dois rendre l’ordi. Ils ont l’air d’etre tres religieux, avec pagnes blancs et chants sacres a tous les etages. La suite demain, promis !
L’effet Routard 13 juillet 2007
Hello ! On est a Bundi, petit village (90000 habitants) du sud-est du Rajasthan depuis deux jours, ce qui correspond a notre temps de silence. On est sous le charme, il n’y a pas ou peu de circulation, des vaches toutes mignonnes et toutes maigres, un palais delabre envoutant qui lorgne sur nous d’au-dessus, avec ses chauves-souris qui s’echappent le soir par essaims (bon, j’avoue, on en a vu 12 petites perchees au plafond d’un mini hall, Anais a un peu gemi pour la forme, mais les essaims le soir, c’est dans le guide, on les a pas vus).
Et pour la premiere fois on loge dans une guesthouse et pas un hotel, ce qui veut dire que c’est une famille qui nous heberge et qui tient quelques chambres. La maman fait la cuisine, le papa la boutique de bouteilles et sucreries qui donne sur la rue, les freres construisent les nouvelles chambres et la fille deborde de sourires et anime tout ca. Il y a Krishna la tortue – je n’avais jamais vu une tortue aussi energique, elle court partout. Je prefere l’appeler Georges. Cette famille fait partie de la caste la plus haute, les brahmanes, ce que l’on peut reconnaitre a la couleur bleue de leur maison. Le guide du routard recommande cette famille, completement a raison, et cela fait que leur etablissement a enormement de succes, et que le soir on est 12 a manger sur une serie de petites tables de jardin mises bout a bout, et qu’on discute… francais. En effet, seulement les francophones utilisent le Routard. Mais c’est particulierement interessant aussi.
On se disait hier soir que voyager, en particulier dans un pays aussi complexe et inaccessible que l’Inde, ca apprend surtout sur son propre pays et sa propre culture… On voit ce qu’on a et ce qu’on a pas, nos chances, les derives qui ont cours chez nous et pas ici, et tout ca fait qu’on ne peut pas rentrer exactement les memes que quand on est parti.
Bisous !
En terrasse 6 juillet 2007
On est arrives a Agra, ville du Taj Mahal, ce matin. Un certain changement d’ambiance par rapport a Delhi, c’est-a-dire que les chauffeurs de rickshaws n’assaillent pas le voyageur/le touriste avec autant de vehemence que dans la capitale. Plus important, Agra n’a que 1.3 millions d’habitants au lieu des 13 millions de Delhi. Ca se ressent. Les avenues sont moins bondees, en revanche la pauvrete se fait plus visible des qu’on atteint les petites rues.
L’hotel ou l’on loge se trouve dans le quartier du Taj Ganj, juste au sud du Taj Mahal, et possede une terrasse-restaurant qui donne une vue panoramique sur, d’un cote, le bazaar, batiments et ruelles entremeles ou le bruit le plus present est le klaxon des rickshaws, et de l’autre cote le Taj, son parc et la foret environnante, le long du fleuve.
La soiree fut magique. Installes sur la terrasse, assis tranquillement a profiter des vents un peu plus frais annoncant l’orage qui approchait, on se reposait de la journee. Une equipe de television indienne s’appretait a passer en direct pour une vraisemblable soiree speciale “vote for taj”. C’est en fait un concours d’initiative privee lance sur internet pour faire elire par les populations les sept nouvelles merveilles du monde. Candidates egalement, la Tour Eiffel, la Statue de la Liberte, la Grande Muraille, etc. C’est la folie ici, les resultats sont donnes demain samedi.
Pendant ce temps, des dizaines de cerfs-volants tournent haut au-dessus de nous, manies par les gamins du quartier. Le soleil se couche progressivement, l’orage se fait plus pressant. Au milieu d’un passage tele de la journaliste, l’appel du muezzin local a la priere resonne tout autour. Je repete dix fois dans la soiree “j’aime troooop cette ambiance !”.